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La Libye risque la guerre civile. Qu’arrivera-t-il à la population en décembre

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Les aspirations politiques de Seif al-Islam ne sont que l’un des nombreux problèmes auxquels sont confrontées les élections du mois prochain. S’il est autorisé à se présenter, les Libyens qui ont combattu Kadhafi pourraient boycotter le vote ou recourir à la violence. D’autre part, si la candidature de Seif est rejetée par la commission électorale qui doit déterminer son éligibilité, les partisans de l’ancien régime pourraient boycotter ou perturber l’élection.

La même dynamique se jouera pour Khalifa Haftar, le commandant oriental qui a attaqué Tripoli en 2019, qui s’est lancé dans la course. Compte tenu de ce climat hyper polarisé et du risque de violences importantes, il est beaucoup plus prudent de reporter les élections jusqu’à ce que ces questions soient résolues.

Après la disparition du forum mis en place par les Nations unies pour résoudre ces problèmes l’été dernier, une loi électorale a été rédigée et introduite à la Chambre des représentants par Saleh. L’envoyé spécial des Nations unies a approuvé la loi de Saleh sans tenter de négocier son contenu avec les autres organes politiques libyens qui conservent une influence importante, notamment dans l’ouest du pays. Saleh – un autre candidat à la présidence – reste sous le coup de sanctions américaines pour avoir perturbé la dernière tentative de réunification des Libyens en 2015.

En l’absence de constitution, les lois électorales actuelles prévoient un système présidentiel avec un parlement faible. Le président aurait la pleine autorité exécutive, pourrait nommer un gouvernement et serait le commandant et le chef de l’armée. Le commandement militaire est un poste auquel Haftar aspirait avant d’attaquer Tripoli en avril 2019.

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La question de la succession du vote n’est pas non plus résolue. La conférence internationale sur la Libye, qui s’est tenue le 12 novembre à Paris, a déclaré que les élections présidentielles et parlementaires auraient lieu « le 24 décembre ». Comme aucun candidat ne devrait obtenir la majorité, un second tour aura probablement lieu.

Les élections en Libye deviennent périlleuses.

La question la plus controversée est celle de l’identité des candidats à la présidence. Seif, Haftar et l’actuel Premier ministre Abdul-Hamid Dbeibah, qui s’est engagé à ne pas se présenter lorsqu’il a pris ses fonctions et qui est soupçonné de corruption, sont tous des candidats imparfaits. Selon la commission électorale, un candidat doit « fournir la preuve d’un casier judiciaire vierge de toute condamnation pénale » et « doit déclarer ses avoirs tant en Libye qu’à l’étranger ».

Les États-Unis et d’autres pays soutiennent qu’il est moins risqué de tenir des élections en temps voulu que de les retarder, car cela mettrait en péril l’accord conclu l’année dernière sur leur tenue. Mais cela n’a de sens que si les élections sont considérées comme légitimes par la plupart des partis. À l’heure actuelle, il n’y a pas de candidat capable de rallier des partisans à l’échelle nationale, et il est douteux qu’ils puissent même faire campagne à travers la Libye. La probabilité que les Libyens acceptent la victoire d’un candidat régional est faible, en particulier dans des circonstances où les lois électorales et le vote effectif seront contestés, voire totalement perturbés.

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Il y a aussi le problème des milliers de forces étrangères et de mercenaires déployés dans tout le pays. Les partisans de l’élection estiment que seul un nouveau gouvernement peut exiger le départ de ces forces. Mais là encore, la perspective qu’un nouveau gouvernement stable assume un tel rôle dans un avenir proche est peu probable. Il est probable que la Russie maintiendra les mercenaires du groupe Wagner dans le pays, quelles que soient les élections, ce qui constitue une menace directe plus importante pour les intérêts des États-Unis et de l’OTAN que toute autre chose en Libye.

La Libye a parcouru trop de chemin depuis la fin de sa troisième guerre civile à la mi-2020 pour risquer de reprendre la violence ou de diviser le pays. La date initiale du 24 décembre est le résultat d’un processus ambitieux qui a malheureusement échoué. Il ne fait aucun doute que les Libyens méritent le droit d’élire leurs dirigeants et que la population le souhaite, mais la communauté internationale a la responsabilité de créer les meilleures circonstances pour qu’ils puissent le faire librement, équitablement et en toute sécurité.

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