Brave veut étendre son modèle de publicité sans pistage à deux espaces appelés à se rapprocher : son moteur de recherche et, prochainement, les réponses produites par son assistant d’intelligence artificielle. L’entreprise affirme pouvoir vendre des annonces sans s’appuyer sur un historique personnel, un profil détaillé ou des mécanismes de retargeting. Une promesse qui intervient alors que les interfaces conversationnelles deviennent progressivement un nouveau point d’accès à l’information et aux intentions d’achat.
Cette orientation distingue Brave de la publicité numérique traditionnelle, généralement organisée autour de segments d’audience. Jean-Paul Schmetz, Chief of Ads de Brave, explique que la logique retenue consiste d’abord à interpréter ce que l’internaute demande au moment où il effectue sa recherche. L’annonce serait ainsi liée au contexte immédiat de la requête, plutôt qu’à une connaissance accumulée de la personne derrière l’écran.
« Surtout la requête et la langue. »
Dans l’exemple donné par Jean-Paul Schmetz, une recherche portant sur du rouge à lèvres pourrait conduire à afficher une annonce correspondant à cette intention, en tenant compte de la langue employée et du pays depuis lequel la requête est formulée. Le dispositif ne chercherait donc pas à déterminer l’âge, le genre ou les centres d’intérêt de l’utilisateur. Cette approche repose sur une distinction entre le ciblage contextuel, attaché au contenu de la recherche, et le ciblage comportemental, fondé sur la constitution d’un profil.
Une alternative au profilage publicitaire
Le modèle défendu par Brave s’inscrit dans un marché où la collecte de données reste un pilier de la publicité en ligne. Pour les annonceurs, l’intérêt du ciblage traditionnel réside dans la possibilité de toucher une catégorie définie à l’avance, parfois au moyen d’informations recueillies sur plusieurs sites ou services. Brave soutient au contraire qu’une intention exprimée directement peut suffire à mettre en relation une demande et une annonce, sans connaître davantage l’utilisateur.
- Données mises en avant : la requête et la langue utilisée ;
- Principe revendiqué : une annonce associée au contexte de recherche ;
- Extension annoncée : l’intégration de publicités dans les réponses de l’assistant IA de Brave.
Cette évolution vers les assistants conversationnels constitue toutefois un changement d’échelle pour la publicité contextuelle. Dans une page de résultats classique, l’annonce est affichée à côté de liens identifiables. Dans une réponse générée, elle pourrait apparaître dans un échange dont la formulation dépend du système d’intelligence artificielle. Le contenu, le moment et la présentation de l’annonce deviennent alors des questions aussi importantes que la donnée utilisée pour la sélectionner. Le contenu fourni ne précise pas encore les modalités concrètes de cette intégration chez Brave.
Une concurrence nouvelle autour des réponses générées
Brave n’est pas seul à explorer cette voie. Selon Clubic, ChatGPT a lancé ses propres publicités en février, sans que le contenu précise l’année, ce qui confirme l’ouverture d’un nouveau terrain de concurrence entre moteurs de recherche, assistants IA et plateformes publicitaires. La comparaison entre les modèles dépendra notamment de la transparence des annonces, de leur séparation avec les réponses éditoriales ou générées, ainsi que de la capacité des services à préserver la confiance des utilisateurs.
| Élément | Position présentée pour Brave |
|---|---|
| Logique de sélection | Contexte de la requête |
| Profil individuel | Non requis selon l’entreprise |
| Nouveaux espaces visés | Réponses de l’assistant IA |
Le parcours de Jean-Paul Schmetz éclaire également l’ancrage européen de cette stratégie. Il a commencé ses travaux en 2008 en Allemagne, avec une réflexion centrée sur la vie privée, avant une fusion avec Brave en 2021. Le dirigeant porte donc un modèle qui entend répondre à la demande d’efficacité commerciale tout en limitant la quantité d’informations nécessaires sur l’utilisateur.
Reste une limite importante : l’absence de pistage ne supprime pas les enjeux liés à la publicité elle-même. Les internautes devront pouvoir identifier clairement les annonces, comprendre pourquoi elles apparaissent et distinguer une recommandation commerciale d’une réponse produite par l’assistant. Pour les annonceurs, le modèle peut réduire l’accès aux profils détaillés ; pour les plateformes, il impose de démontrer qu’une contextualisation immédiate peut générer suffisamment de valeur. C’est sur cette équation, entre respect de la vie privée, pertinence et rendement publicitaire, que Brave entend se positionner.