Le nouveau Code pénal du Burkina Faso, adopté le 20 octobre 2026 par l’Assemblée législative du peuple (ALP), remet en cause plusieurs protections longtemps attendues par les professionnels des médias en réintroduisant des délits de presse assortis de peines nettement alourdies, rapporte Ouestafnews.
Des peines beaucoup plus lourdes pour l’« apologie du terrorisme » via les médias
Selon le texte rendu public, l’apologie du terrorisme commise par voie de presse écrite, audiovisuelle ou via un service de communication au public en ligne est punie de 21 à 30 ans de prison et d’une amende de 50 à 100 millions de FCFA. Pour la même infraction commise sans recourir à ces moyens de diffusion, le texte prévoit une peine moindre : 11 à 20 ans d’emprisonnement et une amende de 10 à 20 millions de FCFA, précise Ouestafnews.
Le projet vise aussi explicitement les directions de médias : lorsqu’un média est considéré comme auteur de l’infraction, ses dirigeants encourent la même peine privative de liberté, et l’entreprise de presse peut être sanctionnée d’une amende comprise entre 500 millions et 1 milliard de FCFA, avec la possibilité de confiscation de matériel et de fermeture temporaire ou définitive.
Les organisations de défense de la presse s’alarment
Reporters sans frontières (RSF) a réagi aux dispositions du Code pénal, jugeant que la définition de l’« apologie du terrorisme » demeure trop vague et expose les journalistes couvrant ou commentant la situation sécuritaire à des risques d’accusation ou d’autocensure, rapporte Ouestafnews.
« Une grave menace pour le droit à l’information, qui risque d’encourager l’autocensure et d’étoffer… »
(formulation rapportée par Ouestafnews à propos de la position de Reporters sans frontières)
Conséquences pratiques et risques pour le travail journalistique
Si le texte est promulgué tel quel par le président du Faso, chaque journaliste reconnu coupable d’apologie du terrorisme pourrait être emprisonné. Les conséquences attendues, selon les organisations de médias et de défense des droits de la presse, incluent :
- une possible augmentation de l’autocensure sur les sujets sécuritaires ;
- des risques financiers et opérationnels pour les titres, exposés à des amendes très élevées et à la fermeture ;
- un renforcement du contrôle judiciaire sur les contenus diffusés en ligne et dans les médias traditionnels.
Tableau comparatif des peines prévues (article cité par Ouestafnews)
| Infraction | Voie (presse/online/audiovisuel) | Peine d'emprisonnement | Amende (FCFA) |
|---|---|---|---|
| Apologie du terrorisme | Par voie de presse ou service de communication en ligne | 21–30 ans | 50–100 millions |
| Apologie du terrorisme | Sans recours aux moyens de diffusion par la presse | 11–20 ans | 10–20 millions |
| Responsabilité des dirigeants | Si l'infraction est commise par un média | 21–30 ans | 500 millions–1 milliard (entreprise) |
Un texte à portée nationale et internationale
Le durcissement de ces dispositions intervient alors que le Burkina Faso fait face à une crise sécuritaire prolongée et à une attention internationale sur la couverture médiatique de la situation. Les mesures prévues par le Code pénal pourraient modifier en profondeur le paysage médiatique burkinabè, en affectant à la fois la liberté d’informer et la viabilité économique des organes de presse.
Le site Ouestafnews relaie également que, si le président Ibrahim Traoré promulgue le texte en l’état, la mise en œuvre incombera aux juridictions compétentes, lesquelles décideront des sanctions après examen des dossiers. Jusqu’à la promulgation et aux premiers cas jugés, la portée exacte de ces nouvelles dispositions restera partiellement hypothétique, rappelle Ouestafnews.
Les réactions d’organisations internationales de défense de la liberté de la presse et les prochains arbitrages judiciaires seront à suivre de près pour mesurer l’impact effectif de cette réforme sur le droit à l’information au Burkina Faso.