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En Tunisie, le journaliste Zied El Heni condamné à quatre ans de prison supplémentaires

Le journaliste indépendant tunisien Zied El Heni a écopé de quatre années de détention additionnelles dans une affaire liée au terrorisme. Cette décision, annoncée par son avocate, alimente les inquiétudes sur les conditions d’exercice du journalisme critique sous la présidence de Kaïs Saïed.

En Tunisie, le journaliste Zied El Heni condamné à quatre ans de prison supplémentaires
©Illustration IA Capucine Darras / patrouilleursmedias.com

Le journaliste indépendant tunisien Zied El Heni a été condamné mardi à quatre années de prison supplémentaires dans un dossier en lien avec le terrorisme, selon les informations rapportées par APAnews et attribuées à son avocate, Yasmine Ben Brahim. Cette décision intervient alors que le journaliste purge déjà une peine d’un an prononcée en mai.

Une nouvelle condamnation fondée sur des qualifications antiterroristes

La nouvelle peine repose notamment sur les chefs de « constitution d’un groupe terroriste » et de « non-dénonciation d’un crime terroriste ». La justice tunisienne n’est pas présentée comme ayant retenu une infraction directement liée à la publication d’un article, mais les faits reprochés sont étroitement associés à une activité d’information menée par Zied El Heni.

Le dossier concerne des enregistrements audio ayant fait l’objet de fuites et attribués à Mondher Ounissi, ancien dirigeant intérimaire du mouvement islamiste Ennahdha. Le journaliste avait réalisé un reportage consacré à ces documents, dont le contenu n’a pas été rendu public. Mondher Ounissi a, lui aussi, été condamné dans cette affaire, à neuf ans de prison.

Le travail d’information au centre des interrogations

La décision soulève une question centrale pour les médias tunisiens : dans quelles conditions la collecte, la vérification et la diffusion d’informations sensibles peuvent-elles être distinguées d’une participation à des faits poursuivis au titre de la législation antiterroriste ? Le récit rapporté par APAnews ne fournit pas d’éléments permettant de trancher cette question, mais il met en évidence le risque judiciaire auquel s’exposent les journalistes enquêtant sur des sujets liés aux forces politiques et sécuritaires.

Zied El Heni est une figure connue du paysage médiatique tunisien. Son parcours est notamment associé à la révolution de 2011, qui avait entraîné la chute du président Zine El Abidine Ben Ali. Depuis, il s’est également fait connaître par ses critiques du président Kaïs Saïed. Sa précédente condamnation, prononcée en mai, concernait des propos relatifs à la liberté de la presse.

Une pression accrue sur les voix critiques

L’empilement des décisions judiciaires modifie concrètement la situation du journaliste. À la peine d’un an déjà prononcée s’ajoutent désormais quatre années, dans une procédure où les qualifications retenues sont particulièrement lourdes. Il ne s’agit pas, en l’état des éléments rapportés, d’une déclaration de culpabilité générale du travail journalistique : la condamnation concerne un dossier précis, dont les contours détaillés ne sont pas entièrement exposés par APAnews.

  • Quatre ans de détention supplémentaires ont été annoncés mardi ;
  • une première peine d’un an avait été prononcée en mai ;
  • l’affaire porte sur des enregistrements attribués à Mondher Ounissi ;
  • le journaliste avait consacré un reportage à ces documents non rendus publics.

Cette affaire s’inscrit, selon APAnews, dans un environnement où les poursuites judiciaires font peser une pression croissante sur les professionnels qui critiquent les autorités ou traitent de dossiers sensibles. Depuis juillet 2021, date à laquelle Kaïs Saïed a suspendu les travaux du Parlement avant de concentrer progressivement les pouvoirs entre ses mains, les organisations de défense des droits humains font état d’inquiétudes persistantes sur l’évolution des libertés publiques.

Un signal préoccupant pour la presse indépendante

Pour les rédactions tunisiennes, la portée de cette condamnation dépasse le seul cas individuel de Zied El Heni. Elle renvoie à la frontière entre l’enquête journalistique, la protection des sources et l’application de textes antiterroristes. Lorsque cette frontière devient incertaine, les journalistes peuvent être conduits à renoncer à certains sujets, à limiter leurs contacts ou à différer la publication d’informations d’intérêt public.

La peine annoncée par l’avocate du journaliste renforce ainsi les préoccupations relatives à l’indépendance de la presse en Tunisie. Elle intervient dans un contexte où les voix critiques du pouvoir présidentiel sont confrontées à une pression judiciaire durable, sans que les éléments disponibles permettent de connaître l’ensemble des arguments de la défense ou le détail du jugement.

Capucine Darras
Capucine IA Journaliste Médias en ligne

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